Les entreprises de technologie profonde en Europe connaissent une croissance plus rapide que ce que beaucoup pensent. Une nouvelle étude de Dealroom montre que les entreprises fondées sur la science et l’ingénierie avancées atteignent une valorisation d’un milliard de dollars en 5,7 ans en moyenne, contre 7,9 ans pour les start-ups technologiques traditionnelles. C’est une longueur d’avance de plus de deux ans et une raison importante pour laquelle les investisseurs soutiennent de plus en plus les fondateurs qui s’attaquent à des problèmes complexes et réels.
Pendant longtemps, la technologie profonde a été considérée comme une voie plus lente vers le succès. De grandes ambitions, de longues phases de recherche et des infrastructures coûteuses donnaient l’impression que c’était un jeu d’investisseur patient. Des domaines tels que l’informatique quantique, la biotechnologie, les matériaux avancés et l’intelligence artificielle étaient largement considérés comme des paris à long terme plutôt que comme des activités à croissance rapide. Partout en Europe, les entreprises de technologie profonde ne sont pas à la traîne des start-ups de logiciels : dans de nombreux cas, elles vont de l’avant. En moyenne, elles atteignent le statut de licorne 28 mois plus tôt.
Ces progrès se produisent malgré des coûts initiaux plus élevés et une plus grande complexité technique. Cela suggère que la façon dont la technologie profonde passe du laboratoire au marché a changé et que l’écosystème qui la soutient est devenu plus fort et plus efficace.
Pourquoi la Deep Tech prend de la vitesse
L’un des plus grands avantages des entreprises de technologie profonde est la protection. De solides portefeuilles de brevets sont généralement constitués tôt, ce qui donne une marge de manœuvre aux fondateurs. Avec moins de copieurs, les équipes peuvent se concentrer sur la qualité du produit plutôt que de constamment surveiller leurs arrières.
Ensuite, il y a les partenariats. De nombreuses start-ups de technologie profonde travaillent dès le départ en étroite collaboration avec des entreprises établies. Ces relations apportent un savoir-faire industriel, une crédibilité et un accès à des clients que les entreprises de logiciels passent souvent des années à essayer de sécuriser.
Les attitudes des investisseurs ont également changé. Dealroom rapporte que 57 % des commanditaires européens recherchent désormais activement des fonds de technologie profonde. Cet intérêt se traduit par un réel engagement. En 2024, 38 % du financement des licornes de la deep tech a été consacré à seulement trois transactions majeures, ce qui montre où se concentre la confiance.
Les licornes de la deep tech génèrent des rendements environ 12 % plus élevés que les entreprises technologiques traditionnelles, et chaque licorne de la deep tech analysée a été classée comme génératrice de valeur. Pour les investisseurs qui cherchent au-delà des gains rapides, cette combinaison est difficile à ignorer.
Quand les bonnes conditions sont réunies
La France est un excellent exemple de ce qui peut arriver lorsque la politique, le financement et les talents vont dans la même direction. Depuis le lancement de La Mission French Tech, le pays facilite le développement des entreprises ambitieuses, en rapprochant recherche, capital et soutien commercial.
L’impact a été clair. Le nombre de licornes en France est passé de 7 à 42, la deep tech jouant un rôle important. Mistral AI, fondée en 2023, a atteint une valorisation proche de 14 milliards de dollars en seulement 18 mois. Lorsque le groupe néerlandais de semi-conducteurs ASML a ensuite pris une participation, il a ajouté le soutien d’un poids lourd de l’industrie mondiale. Le financement n’était pas le seul contributeur. Des institutions de recherche solides, des talents techniques hautement qualifiés, une réglementation favorable et l’accent mis sur la transformation des idées en produits ont tous contribué à créer une dynamique. C’est un modèle que d’autres pays européens étudient désormais de près.
Emplois, compétences et impact à long terme
Les entreprises de technologie profonde créent des emplois presque deux fois plus vite que les start-ups de logiciels traditionnelles, et pas seulement dans un ensemble restreint de compétences. Aux côtés de scientifiques et d’ingénieurs, ils emploient des techniciens de laboratoire, des spécialistes de la fabrication, des responsables de la chaîne d’approvisionnement et des équipes commerciales qui aident à transformer des idées complexes en produits concrets.
Les entreprises de technologie profonde ont tendance à s’appuyer sur des fournisseurs spécialisés, des partenaires de recherche et des réseaux de fabrication, ce qui signifie que chaque entreprise prospère soutient un écosystème beaucoup plus large. Cette empreinte plus large rend leur croissance particulièrement précieuse pour les économies locales, en particulier dans les régions qui cherchent à créer des emplois qualifiés à long terme plutôt que des rôles numériques à court terme.
La Suède offre un exemple judicieux de la manière de soutenir ce type de croissance. En permettant à une partie de son système de retraite d’investir dans le capital-risque, le pays a créé une source fiable de financement à long terme pour les entreprises de haute technologie. En retour, les citoyens sont exposés à une croissance tirée par l’innovation. Il s’agit d’un choix naturel, un capital patient soutenant des entreprises qui prennent du temps à se développer, mais qui génèrent une valeur économique et sociale durable une fois qu’elles l’ont fait.
Pourquoi les brevets sont si importants
Les licornes de la deep tech ont tendance à détenir beaucoup plus de brevets que les entreprises technologiques traditionnelles, soit environ 9 fois plus en moyenne. Ce sont des actifs opérationnels qui façonnent la croissance de ces entreprises. Ils protègent des années de recherche contre la copie du jour au lendemain, ce qui permet aux investisseurs de soutenir plus facilement des idées grandes et complexes. Ils contribuent également à attirer des entreprises partenaires qui souhaitent travailler avec une technologie correctement protégée, et non avec quelque chose qui pourrait disparaître aussi rapidement qu’elle est arrivée. Dans de nombreux cas, les brevets ouvrent la porte à des accords de licence précoces, générant des revenus bien avant qu’un produit n’atteigne sa taille réelle.
À partir de là, un élan naturel se crée, les chercheurs étant attirés vers des lieux où leurs travaux sont valorisés et sauvegardés. Ce talent alimente de nouvelles découvertes, ce qui renforce encore davantage le portefeuille de brevets. Le résultat est du temps et de l’espace pour penser à long terme, affiner correctement les idées et bâtir des entreprises réellement pérennes.
Les universités comme rampes de lancement
Les universités européennes sont en train de devenir des moteurs discrets derrière une forte croissance technologique. Des institutions telles qu’Oxford, Cambridge et l’UCL ont constitué des équipes expérimentées en matière de transfert de technologie qui aident les chercheurs à faire évoluer leurs idées au-delà des articles universitaires et à les transformer en véritables entreprises.
Cette approche se répand désormais à travers l’Europe. Les spin-offs universitaires démarrent souvent leur vie avec des avantages dont la plupart des start-ups ne peuvent que rêver : accès à des laboratoires, à des équipements spécialisés, à une puissance de calcul avancée et à des réseaux d’experts qui connaissent parfaitement la science. Ce support réduit les coûts initiaux, réduit les risques et donne aux nouvelles entreprises le temps de maîtriser la technologie avant de la mettre à l’échelle.
Le vivier de talents est tout aussi important. Les diplômés et les chercheurs entrent directement dans des spin-outs, apportant une réflexion nouvelle, une profondeur technique et des liens étroits avec le monde universitaire. Pour les fondateurs de deep tech, ce flux constant de compétences spécialisées est difficile à remplacer et joue un rôle important en aidant les idées complexes à sortir du laboratoire et à entrer sur le marché.
Des progrès plus rapides grâce à la collaboration
La technologie profonde a tendance à évoluer plus rapidement lorsque les gens travaillent ensemble, et la mentalité transfrontalière de l’Europe lui confère un réel avantage. Les chercheurs, ingénieurs et fondateurs collaborent régulièrement à travers les pays, partageant des données, des équipements spécialisés et une expertise durement acquise. Cette ouverture raccourcit les courbes d’apprentissage et aide les équipes à résoudre les problèmes plus rapidement.
L’investissement suit le même schéma. Les bailleurs de fonds sont de plus en plus heureux de soutenir les entreprises d’où proviennent les idées les plus fortes, et pas seulement sur leur marché national. Outre le financement, ils apportent des réseaux utiles, des contacts industriels et de nouvelles perspectives qui peuvent aider les jeunes entreprises à se développer avec plus de confiance.
Cette capacité à mettre en commun les talents, les capitaux et les infrastructures fait une réelle différence. Les grands défis tels que la technologie climatique, la fabrication de pointe et l’informatique de nouvelle génération exigent souvent une évolutivité et une collaboration dès le départ. En travaillant au-delà des frontières plutôt qu’en silos, les entreprises européennes de technologie profonde évitent de répéter le même travail et peuvent concentrer leur énergie sur la création de solutions qui font réellement avancer les choses.
Ce qui vient ensuite
L’avance de 28 mois dont bénéficient les entreprises de technologie profonde est due à un meilleur accès au financement, à des liens plus étroits avec les universités et à une approche plus confiante pour transformer la recherche en véritables entreprises.
Pour les fondateurs, c’est rassurant. S’attaquer à des problèmes techniques complexes ne signifie plus se résigner à des progrès plus lents. Pour les investisseurs, la technologie profonde s’intègre désormais confortablement aux côtés des logiciels comme une sérieuse opportunité de croissance. Et pour les décideurs politiques, ce qui se passe à travers l’Europe montre qu’il existe des moyens clairs et pratiques de soutenir l’innovation qui génère une valeur à la fois économique et à long terme.





