Défaillances d’entreprises : l’alerte des TPE à Matignon et les parades
Les défaillances d'entreprises continuent de progresser en 2026, et les plus petites structures sont en première ligne. À la rentrée, l'Union des entreprises de proximité a porté ce constat jusqu'à Matignon. Voici ce qu'il faut en retenir, et comment vérifier la solidité de votre propre entreprise.
L’essentiel
- Selon Altares, 17 486 procédures collectives au deuxième trimestre 2026, en hausse de 5,4 % sur un an.
- Depuis le 1er septembre 2026, toute entreprise assujettie à la TVA doit pouvoir recevoir des factures électroniques.
- Le Premier ministre a promis de ne pas augmenter la fiscalité des entreprises par rapport à 2025.
Ce que l’U2P est venue dire au Premier ministre
Début septembre 2026, Michel Picon, président de l’Union des entreprises de proximité (U2P), a été reçu par le Premier ministre avec les quatre vice-présidents de l’organisation. L’U2P revendique représenter 3,5 millions de chefs d’entreprise, qui emploient près de six millions d’actifs. Ce sont des artisans, des commerçants et des professionnels libéraux.
Son message tient en une phrase : pas de nouvelles contraintes. Selon l’organisation, toute obligation mal préparée pourrait pousser certaines entreprises à « mettre la clé sous la porte ». Elle a toutefois obtenu un gage. Le Premier ministre a promis de ne pas augmenter la fiscalité des entreprises par rapport à 2025, en particulier celle des plus petites.
En contrepartie, l’U2P plaide pour une baisse des dépenses publiques et sociales plutôt que pour de nouveaux prélèvements. Elle se félicite aussi du maintien des aides à l’apprentissage. Ce dispositif reste déterminant pour recruter et transmettre les savoir-faire artisanaux.
Défaillances d’entreprises : ce que disent les chiffres
Les données citées sont nettes. Selon Altares, 17 486 entreprises ont fait l’objet d’une procédure collective au deuxième trimestre 2026. C’est une hausse de 5,4 % sur un an. Depuis le début de l’année, près de 37 700 défaillances avaient été recensées à l’époque.
Les très petites entreprises souffrent davantage. D’après la Banque de France, leurs défaillances avaient bondi de 9,5 % sur douze mois à la fin février. Elles dépassaient de plus de 70 % la moyenne observée entre 2010 et 2019.
L’U2P avance trois causes : les séquelles de la crise énergétique, l’inflation et l’érosion des marges. Autrement dit, beaucoup d’entreprises ont absorbé des hausses de coûts sans pouvoir les répercuter. Si l’énergie pèse sur vos comptes, prenez le temps de chiffrer votre exposition aux carburants avant de renégocier vos prix.
À savoir — Une procédure collective (sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire) est ouverte par le tribunal. La sauvegarde se demande avant la cessation des paiements. Elle protège l’entreprise de ses créanciers le temps de se réorganiser. Plus le dirigeant agit tôt, plus ses options restent ouvertes.
Facturation électronique : ce qui change depuis le 1er septembre 2026
L’autre inquiétude porte sur la facturation électronique, entrée dans une nouvelle phase le 1er septembre 2026. Depuis cette date, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et les ETI doivent aussi les émettre sous ce format.
Les PME, les TPE et les microentreprises disposent d’un an de plus. Leur obligation d’émission entrera en vigueur le 1er septembre 2027. L’U2P réclame un accompagnement « soutenu et bienveillant ». Elle demande aussi que le dispositif soit adapté s’il se révèle trop complexe pour les plus petites structures.
Concrètement, une PME reçoit déjà des factures électroniques de ses fournisseurs ETI. Elle doit donc être équipée dès maintenant pour les réceptionner. Ce délai d’un an peut d’ailleurs servir à faire de la facture électronique un levier de trésorerie, plutôt qu’une simple contrainte.
Ce que cela change pour une PME ou une ETI
Première conséquence : la visibilité fiscale. La promesse de stabilité par rapport à 2025 permet de bâtir un budget 2027 sans anticiper de hausse d’impôt. Encore faut-il qu’un budget soit voté. L’U2P appelle à son adoption rapide, pour « ne pas retomber dans un feuilleton sans fin où l’incapacité à dégager une majorité parlementaire nourrit l’inquiétude des chefs d’entreprise et engendre une stagnation de la consommation. »
Deuxième conséquence : le risque client. Quand les défaillances montent, vos impayés montent aussi. Une ETI dont les clients sont des TPE doit donc surveiller de près ses encours.
Enfin, plusieurs dossiers restent ouverts. L’U2P demande de revoir les règles du cumul emploi-retraite. Elle conteste aussi l’obligation, pour certains conjoints collaborateurs, d’opter pour le statut de salarié ou d’associé. Si vous êtes concerné, anticipez ce choix avec votre expert-comptable. Elle critique également les règles de représentativité patronale et propose de les calculer pour moitié selon le nombre d’adhérents, pour moitié selon les effectifs.
Check-list : repérer les signaux de fragilité à temps
Une défaillance se prépare rarement en un mois. Voici les questions à vous poser chaque trimestre :
- Trésorerie : combien de semaines de charges fixes pouvez-vous couvrir sans nouvel encaissement ?
- Marges : vos prix de vente ont-ils suivi la hausse de vos coûts d’achat et d’énergie ?
- Clients : vos délais de paiement s’allongent-ils ? Un client pèse-t-il trop lourd ?
- Dettes sociales et fiscales : avez-vous reporté des échéances ? Un report répété est un signal d’alerte.
- Conformité : votre outil de facturation reçoit-il les factures électroniques ? Sera-t-il prêt à émettre en 2027 ?
- Vous-même : dormez-vous mal à cause de l’entreprise ? Un dirigeant épuisé décide moins bien.
Sur ce dernier point, un outil simple aide à suivre votre capital mental chaque trimestre. Après sa rencontre, Michel Picon disait attendre que « l’écoute constructive » du gouvernement débouche sur des décisions concrètes. Pour votre entreprise, la décision vous appartient dès maintenant.
Ce qu’il faut retenir
- Vérifiez dès cette semaine que votre logiciel reçoit bien les factures électroniques.
- Fixez une date avant septembre 2027 pour être prêt à les émettre.
- Passez en revue vos encours clients et relancez les retards sans attendre.
- Construisez votre budget 2027 sur l’hypothèse d’une fiscalité stable, mais gardez une marge de sécurité.
- Consultez votre expert-comptable ou le tribunal de commerce dès les premiers signes de tension.
Questions fréquentes
Mon entreprise est une PME : suis-je concernée par la facturation électronique dès septembre 2026 ?
Oui, pour la réception. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir des factures électroniques. L'obligation d'émettre ne s'appliquera aux PME, TPE et microentreprises qu'à partir du 1er septembre 2027.
Les impôts des entreprises vont-ils augmenter en 2027 ?
Le Premier ministre a promis, à la rentrée 2026, de ne pas augmenter la fiscalité des entreprises par rapport à 2025, en particulier celle des plus petites. Cette promesse dépend toutefois de l'adoption d'un budget pour 2027, que l'U2P demande de voter rapidement.
Les défaillances d'entreprises augmentent-elles vraiment ?
Selon Altares, 17 486 entreprises ont fait l'objet d'une procédure collective au deuxième trimestre 2026, soit 5,4 % de plus en un an. La Banque de France relevait fin février une hausse de 9,5 % sur douze mois pour les très petites entreprises.


