Sotheby’s s’apprête à organiser en novembre prochain la plus importante vente de garde-temps Breguet depuis trente ans. La maison de ventes a rassemblé près de soixante-dix lots couvrant deux siècles et demi d’innovation horlogère, chaque pièce authentifiée par des experts de premier plan aux côtés d’Emmanuel Breguet, vice-président du patrimoine et descendant direct du fondateur lui-même.
La vente s’inscrit dans le cadre de l’événement biannuel Important Watches et promet de mettre en valeur l’extraordinaire ampleur de la contribution de la manufacture à l’histoire de l’horlogerie.
Cette sélection soigneusement organisée couvre tout l’arc de l’histoire de la manufacture, des dernières années du XVIIIe siècle jusqu’aux dernières décennies du XXe. Chaque garde-temps a été sélectionné pour son importance historique et sa capacité à démontrer l’innovation technique qui définit la maison depuis deux siècles et demi. La vente comprend tout, des complications révolutionnaires qui ont changé le cours de l’horlogerie aux expériences esthétiques qui ont repoussé les limites du design.
Commissions royales et complications ingénieuses
Le joyau de la vente a été révélé au printemps dernier lorsque la maison de vente aux enchères a annoncé le lot numéro 4548, une montre à tact perpétuel créée pour le roi George IV en 1827. La pièce comporte à la fois un affichage de la date et une indication de la réserve de marche, démontrant le niveau de travail de complication réalisé au début du 19e siècle. Les montres tactiles, conçues pour être lues au toucher sans les sortir d’une poche, étaient une spécialité de la maison et cette commande royale illustre la sophistication technique exigée par les clients les plus haut placés de l’époque.
Tout aussi remarquable est le lot numéro 1675, une montre-bracelet de 1926 qui témoigne de la volonté de l’entreprise d’adopter une esthétique moderniste. Le boîtier rectangulaire associe l’or rose brossé à l’Osmior, tandis que le cadran comporte des index cubistes appliqués qui s’intégreraient parfaitement dans une galerie contemporaine. Cette pièce rappelle que l’innovation n’a jamais été purement mécanique.
Trésors de l’époque du Fondateur
Parmi les lots les plus significatifs figure le numéro 1890, un tourbillon de l’époque du fondateur équipé d’un échappement naturel. Initialement acquise par un comte russe par l’intermédiaire de l’agent de la marque en Russie, la pièce démontre la portée internationale de l’entreprise dès ses premières décennies. Le tourbillon, inventé par Abraham-Louis Breguet lui-même en 1795, reste l’une des complications horlogères les plus célèbres et les exemplaires du vivant de son fondateur sont exceptionnellement rares.

Autre pièce extraordinaire, le lot numéro 1052, une montre à tact en or jaune à décor en émail gris rehaussé de perles. L’indicateur de flèche extérieur est rendu en or, tandis que le boîtier présente un travail d’émail méticuleux. Vendue pour la première fois en 1803, la montre est dotée de ce qui a été décrit comme un échappement spectaculaire. Ces montres tactiles permettaient à leurs propriétaires de vérifier discrètement l’heure lors d’occasions sociales où la production d’une montre pouvait être considérée comme impolie, une solution particulièrement élégante aux exigences de l’étiquette du XIXe siècle.
Innovation Art Déco
La collection s’étend jusqu’à la période Art déco avec le numéro de lot 1810, une montre à heures sautantes en or blanc de 1930. La complication à heures sautantes, où l’indication des heures change instantanément plutôt que progressivement, fait appel à la sensibilité moderniste de l’époque avec son affichage épuré et sans ambiguïté. L’utilisation de l’or blanc plutôt que du métal jaune plus traditionnel souligne encore l’esthétique contemporaine.
Deux chronomètres de marine achevés en 1806 et 1818 représentent un autre aspect de la production de l’atelier qui reçoit souvent moins d’attention que ses montres-bracelets et ses montres de poche. Les deux chronomètres ont été lancés pendant la Révolution française, ce qui en fait les plus anciens exemplaires connus de ce type. Ces instruments étaient essentiels pour la navigation navale à une époque où la détermination de la longitude en mer nécessitait un chronométrage précis, et le travail de l’entreprise dans ce domaine contribuait directement à la sécurité maritime.
Des montres-bracelets d’une rareté exceptionnelle
La vente comprend deux montres-bracelets qui séduiront particulièrement les collectionneurs. Le lot numéro 921 est une montre en acier dotée à la fois d’une loupe et d’une règle à calcul, une montre-outil avant que le concept ne soit pleinement articulé. La combinaison de ces éléments fonctionnels dans une montre-bracelet de cette période démontre une volonté de créer des complications pratiques plutôt que purement décoratives.
Peut-être encore plus rare est une Type XX de 1954 dotée d’une lunette en or. Ce chronographe n’a été produit qu’à deux exemplaires, ce qui en fait l’un des lots les plus exclusifs de toute la vente. Le Type XX a été développé pour les pilotes militaires français, et les versions de production standard étaient bien plus utilitaires que cette variante exceptionnelle. L’utilisation d’une lunette en or sur ce qui était fondamentalement une montre-outil professionnelle crée une tension fascinante entre fonctionnalité et luxe.
Le premier de la série anniversaire de souscription
Faisant entrer la collection dans le siècle présent, la vente comprend le lot numéro 250 de la série Classique Souscription 2025. Cette pièce a l’honneur d’être la toute première d’une série limitée allant du numéro 250 au 5250, suivant la tradition consistant à attribuer un numéro unique à chaque garde-temps. Le modèle a été lancé en avril pour inaugurer les célébrations du 250e anniversaire à Paris, où Abraham-Louis Breguet a établi son atelier pour la première fois.
La montre rend hommage aux célèbres montres de poche Souscription de la fin du XVIIIe siècle, proposées selon un principe innovant permettant aux acheteurs de payer le quart du prix lors de la commande. Plus de deux siècles plus tard, la maison a choisi de faire revivre ce mode d’acquisition pour son modèle anniversaire. Les produits de la vente soutiendront la restauration en cours du Petit-Trianon à Versailles, dans la continuité des actions de mécénat entretenues depuis 2006.
L’art de la sophistication subtile
Derrière son aspect épuré d’une seule aiguille, la Classique Souscription 2025 cache une sophistication technique considérable. La main elle-même est bleuie individuellement à la flamme selon un processus entièrement manuel qui exige un savoir-faire exceptionnel. Le timing doit être précis, car une période de chauffe trop brève ou trop longue rend la pièce inutilisable, obligeant l’artisan à recommencer avec une nouvelle pièce.
Le cadran en émail incarne l’esthétique sobre qui a caractérisé le travail de la marque tout au long de son histoire. Il présente des chiffres arabes distinctifs et une minuterie indiquant non seulement les heures mais également les index de 5, 10, 15 et 30 minutes. Selon la lumière qui frappe la surface, les inscriptions « Souscription » et le numéro de série unique apparaissent discrètement aux côtés de la signature secrète, cette dernière étant gravée à l’aide d’un pantographe datant de l’époque du fondateur. Au cœur de la montre se trouve le nouveau calibre VS00, développé spécifiquement pour ce modèle anniversaire.
Miser sur 250 ans d’innovation
La maison de vente aux enchères demande à tous les acheteurs potentiels de s’inscrire avant le début de la vente à 19h00, heure d’Europe centrale, le dimanche 9 novembre. Des détails supplémentaires concernant les heures de visite, les rapports d’état et les procédures d’appel d’offres sont disponibles sur le site officiel. Compte tenu de l’importance historique de nombreux lots et de leur rareté exceptionnelle, l’intérêt des collectionneurs et des institutions devrait être considérable.
« Cette montre est le lien entre ce que nous souhaitons partager de l’histoire de Breguet et notre envie de perpétuer cette histoire en mouvement. »
Gregory Kissling, président-directeur général de Montres Breguet
Cette vente, rassemblant des pièces issues de 250 ans de production, offre aux collectionneurs une rare opportunité d’acquérir des exemples tangibles de cette conversation en cours entre histoire et innovation.





