Le MB&F HM11 Art Deco ressemble à une architecture miniature car c’est précisément l’intention. Le premier HM11 Architect, lancé en 2023, s’inspire du néo-futurisme des années 1960 avec des formes douces et arrondies. L’édition Art Déco 2025 conserve la même disposition mécanique mais modifie tout le langage visuel : une géométrie plus nette, des motifs en rayons de soleil, des surfaces en gradins et un profil qui fait directement référence aux tours de Manhattan de l’entre-deux-guerres.
C’est un concept non conventionnel qui fonctionne grâce à la cohérence de son exécution. La plupart des montres complexes suivent la construction traditionnelle du boîtier et permettent au mouvement d’occuper le devant de la scène ; MB&F inverse cette logique. Ici, le boîtier devient le récit principal, une structure en titane de 42 mm construite autour de quatre chambres fonctionnelles, chacune ayant un objectif dédié. L’attrait réside dans la façon dont ces éléments architecturaux s’intègrent naturellement, même s’ils ne ressemblent à rien d’autre dans l’horlogerie contemporaine.
Courbes organiques à la géométrie Art déco
La mise en page devient intuitive une fois que vous comprenez le cadre. Un tourbillon volant fait office de volume central, visible sous une glace saphir double-dôme. Quatre chambres s’étendent à partir de ce noyau, chacune abritant un affichage ou une fonction différente. Les heures et les minutes apparaissent via des globes montés sur tige en aluminium et titane. La réserve de marche est indiquée à travers cinq sphères graduées. Un thermomètre mécanique couvre une plage de –20 à 60°C. La quatrième chambre contient le module de mise à l’heure, un mécanisme transparent qui s’ouvre d’un clic précis.
Une caractéristique déterminante est le boîtier rotatif. Il tourne indépendamment du mouvement, permettant au porteur d’avancer n’importe quelle chambre ou de pivoter de 45 degrés. Cette rotation est le système de remontage, chaque tour de 45 degrés dans le sens des aiguilles d’une montre fournissant 72 minutes de puissance et dix rotations complètes permettent d’obtenir une réserve complète de 96 heures.

L’ingénierie requise pour prendre en charge cette architecture est substantielle. La couronne en saphir s’étend à elle seule sur près de 10 mm et utilise huit joints pour maintenir l’étanchéité tout en permettant la rotation. En incluant le boîtier et la lunette, le total atteint dix-neuf. Le calibre manuel de manufacture fonctionne à 2,5 Hz et soutient le tourbillon volant via quatre ressorts en acier découpés au laser adaptés des applications aérospatiales. Le résultat est une horlogerie mécanique sérieuse présentée à travers une lentille architecturale.
Des courbes à la géométrie
Le designer Maximilian Maertens a abordé l’évolution Art Déco en prenant pour référence le cinéma Rex à Paris, un bâtiment qui l’a très tôt marqué. Sa tâche était de réinterpréter le HM11 tout en préservant son identité, en changeant le langage esthétique sans altérer sa structure mécanique.

Les mises à jour les plus visibles se trouvent côté cadran. Les tiges coniques de l’original cèdent la place à des motifs rayonnants de soleil, découpés au laser et partiellement ouverts pour plus de clarté. Les marqueurs reçoivent des surfaces à grains circulaires avec PVD or jaune 3N sur l’édition bleue et PVD or rose 5N sur la version verte. Des anneaux bicolores séparent les affichages et l’échelle de température adopte une typographie adaptée à l’époque. Les aiguilles introduisent l’un des détails les plus marquants de l’édition : un émail rouge translucide, développé au cours de nombreux tests pour obtenir le ton approprié sous une lumière directe ou à contre-jour.

D’autres composants adoptent des formes plus verticales et structurées. Les ponts font écho à la pierre architecturale. Les éléments de « toit » rainurés font référence aux profils de gratte-ciel étagés. Le pont du tourbillon a été redessiné afin que son axe s’aligne parfaitement avec l’architecture du pont plus grand. Même la couronne intègre des détails à plusieurs niveaux pour correspondre à la géométrie globale. Individuellement, ces ajustements sont modestes, mais collectivement, ils font passer le caractère de la montre d’un caractère doucement organique à un caractère nettement architectural.
Une finition raffinée
Les travaux de finition soulignent le sérieux du projet. Le cadre du cadran provoquait à l’origine des complications ; les premiers prototypes utilisaient un anneau solide qui gênait l’orientation. La solution finale impliquait des ouvertures découpées au laser avec des tolérances d’environ 0,2 mm, soit environ deux cheveux humains de largeur, nécessitant que cette étape soit complétée avant la finition finale. La monture a ensuite reçu des détails taillés au diamant, un microbillage et un traitement de satinage circulaire.

Le pont de cage supérieur intègre plusieurs angles vers l’intérieur, tous complétés à la main par des spécialistes capables de contrôler proprement la géométrie. Les quatre ponts périphériques alternent surfaces polies et satinées pour produire une lumière changeante sur le boîtier. Les composants en saphir reçoivent un traitement individuel, chaque rainure étant découpée à l’aide d’un outil différent et des rainures plus grandes étant finies à la main. La métallisation anthracite assombrit les bords des cristaux pour dissimuler les joints et les supports structurels.
Malgré la refonte esthétique, les fondamentaux restent inchangés, avec un boîtier en titane grade 5, des glaces saphir sur toutes leurs surfaces avec traitement antireflet double face, une étanchéité à 20 mètres, un mouvement manuel avec 96 heures de réserve et un remontage par rotation du boîtier.
Deux éditions limitées
Le HM11 Art Déco est disponible en deux variantes, chacune limitée à dix pièces. L’une combine un cadran bleu avec des ponts en or jaune 3N et un bracelet en lézard blanc. L’autre associe le vert avec des ponts en or rose 5N et un bracelet beige. Les deux utilisent des boucles déployantes en titane. Malgré la complexité dimensionnelle de la montre, le profil reste portable, mesurant 42 mm de diamètre et 23 mm de hauteur. Les pieds incurvés servent également de fixations de sangle, aidant à répartir le poids et à stabiliser le boîtier pendant le remontage. La construction en titane permet de conserver une sensation générale plus légère que ce que l’architecture suggère.

Placé à côté de l’Architecte d’origine, le contraste est immédiat. La première édition se lit comme douce, expérimentale et influencée par les lignes organiques du design moderniste tardif. La version Art Déco est plus épurée, plus verticale et plus structurée. La base mécanique est identique, mais l’impact visuel est totalement différent : deux interprétations de la même idée architecturale.
Une déclaration d’innovation horlogère
L’édition est volontairement limitée à vingt exemplaires, garantissant ainsi sa rareté. Pour les collectionneurs, il s’agit d’une déclaration d’ambition technique et d’ingéniosité en matière de conception. Chaque détail, des aiguilles en émail au système de remontage du boîtier rotatif, démontre comment MB&F continue de repousser les limites de l’horlogerie contemporaine tout en respectant l’intégrité mécanique de la HM11 Architect originale.
La HM11 Art Deco incarne ce que MB&F fait de mieux : redéfinir les attentes quant à ce que peut être une montre-bracelet. C’est précis, audacieux et résolument distinctif. Et avec seulement vingt pièces dans le monde, elle est réservée aux collectionneurs qui apprécient l’horlogerie à la fois comme ingénierie et comme art.




