Trésorerie d’entreprise en difficulté : le plan d’urgence en 12 semaines
Trésorerie entreprise difficulté : quand les liquidités fondent de semaine en semaine, le dirigeant perd d'abord une ressource rare, le temps. En effet, entre le premier découvert durable et la cessation des paiements, quelques semaines suffisent parfois. Voici donc un protocole en 72 heures puis 12 semaines pour garder la main, avec les dispositifs à saisir et l'ordre dans lequel les actionner.
L’essentiel
-
- Construire en 72 heures un tableau de trésorerie à 12 semaines et dater son point de rupture.
- Trier chaque décaissement en quatre catégories : vital, négociable, reportable, gelé.
- Saisir CCSF, médiateur du crédit, mandat ad hoc ou conciliation avant la cessation des paiements.
Trésorerie entreprise difficulté : pourquoi agir maintenant

D’abord, le contexte s’est durci. Selon la Banque de France, la France comptait 70 766 défaillances d’entreprises en cumul sur douze mois à fin août 2026, soit une hausse de 4,8 % sur un an. Une défaillance correspond à l’ouverture d’un redressement ou d’une liquidation judiciaire. De plus, la hausse touche toutes les tailles d’entreprises, d’après la publication de la Banque de France du 7 août 2026. Enfin, l’AGS, le régime de garantie des salaires, anticipe entre 71 000 et 75 000 défaillances sur l’ensemble de l’année.
Ensuite, les clients paient toujours en retard. Le rapport 2025 de l’Observatoire des délais de paiement établit le retard moyen à 13,4 jours fin 2025, contre 13,6 jours fin 2024. Autrement dit, chaque facture immobilise près de deux semaines de cash au-delà du délai contractuel. Certaines filières décrochent déjà : Les Echos ont publié le 22 octobre 2026 l’appel à l’aide de l’industrie francilienne du jeu vidéo, sous le titre « Nous sommes tous asphyxiés ».

Trésorerie entreprise difficulté : creux saisonnier ou spirale ?
Une tension de trésorerie n’est pas forcément une crise. En effet, un creux saisonnier se résorbe seul, à une date connue. En revanche, une spirale se reconnaît à quatre signaux : un découvert devenu permanent, un BFR qui gonfle plus vite que le chiffre d’affaires, des échéances Urssaf ou TVA repoussées, et un point de rupture qui se rapproche à chaque prévision. Dans un dossier trésorerie entreprise difficulté, le point de rupture, c’est la semaine où la trésorerie disponible, découvert autorisé compris, passe sous zéro.
L’idée reçue à corriger : passer par le tribunal signerait la fin de l’entreprise. C’est pourtant l’inverse. En effet, plusieurs outils efficaces passent par le président du tribunal tout en restant amiables et confidentiels. Le vrai danger, c’est donc le calendrier. Ainsi, une fois en cessation des paiements, le dirigeant dispose de 45 jours pour la déclarer, et ses options se réduisent vite.
À savoir — La cessation des paiements, c’est l’impossibilité de faire face au passif exigible avec l’actif disponible. Le mandat ad hoc suppose de ne pas être en cessation des paiements. La conciliation reste ouverte si celle-ci date de moins de 45 jours (article L.611-4 du Code de commerce). Au-delà, seules les procédures collectives de redressement ou de liquidation demeurent.
Trésorerie entreprise difficulté : le protocole cash 72 h / 12 semaines
Face à une trésorerie entreprise difficulté, ce protocole tient en cinq étapes. D’abord, les deux premières se jouent dans les 72 premières heures. Ensuite, les suivantes s’étalent sur trois mois.
- Étape 1 : le tableau à 13 semaines. Encaissements et décaissements semaine par semaine, à partir du réel : soldes bancaires du jour, factures émises, échéances connues. Datez le point de rupture. Confiez le suivi à une cellule cash de trois personnes : vous, le responsable financier et l’expert-comptable.
- Étape 2 : la matrice de tri. Classez chaque décaissement : vital, négociable, reportable ou gelé. Par exemple, les salaires et la part salariale des cotisations sont vitaux ; abonnements, conseil et événements sont gelés.
- Étape 3 : les leviers rapides. Relances quotidiennes sur les plus gros encours clients, escompte pour paiement anticipé, déstockage, affacturage, cession d’actifs non stratégiques. Chiffrez chaque levier en euros et en semaines. N’inscrivez au tableau que ce qui est signé.
- Étape 4 : l’arbre de décision. Pas de cessation des paiements : CCSF, médiation du crédit, mandat ad hoc ou conciliation. Cessation depuis moins de 45 jours : conciliation encore possible. Au-delà : redressement ou liquidation.
- Étape 5 : le script de communication. Un message par public, le même jour : banques, fournisseurs clés, salariés et CSE. Même constat, même plan, même date du prochain point.
En pratique, le tableau de trésorerie entreprise difficulté se met à jour chaque lundi matin. C’est pourquoi il devient l’ordre du jour unique du comité de direction pendant trois mois.

Desserrer l’étau : CCSF, médiateur du crédit, mandat ad hoc, conciliation

Une fois les décaissements triés, il faut gagner du temps sur les créanciers. D’abord, la commission des chefs de services financiers (CCSF) étale les dettes fiscales et sociales, un levier clé en cas de trésorerie entreprise difficulté. Elle négocie habituellement sur 24 mois, jusqu’à 36 mois selon la situation, d’après le cabinet CBF. Attention toutefois : elle statue à l’unanimité. L’entreprise doit aussi être à jour de ses déclarations et avoir réglé la part salariale des cotisations. Pendant le plan, les poursuites sont donc suspendues.
Ensuite, le médiateur du crédit de la Banque de France intervient quand une banque refuse ou retire un financement. Selon son bilan publié le 30 janvier 2026, 1 034 dossiers ont été jugés éligibles en 2025. Ils ont abouti à une solution dans 64 % des cas, et 5 113 emplois ont été préservés dans 554 entreprises. Le dossier est admis sous 48 heures ; la banque dispose ensuite de cinq jours pour revoir sa position. Pourtant, la Banque de France insiste sur la saisine précoce : au premier semestre 2026, seules 47 % des demandes étaient éligibles.
Par ailleurs, des aides ciblées existent. Par exemple, selon BFMTV le 22 octobre 2026, l’État rembourse les intérêts de prêts de 5 000 euros maximum pour 350 à 500 stations-service indépendantes rurales. Interrogez donc votre fédération professionnelle : ces dispositifs se signalent rarement d’eux-mêmes.
| Dispositif | Pour quoi faire | Condition d’accès | Durée ou délai | Point d’attention |
|---|---|---|---|---|
| CCSF | Étaler dettes fiscales et sociales | Déclarations à jour, part salariale payée | 24 mois, jusqu’à 36 | Unanimité des créanciers publics |
| Médiation du crédit | Débloquer un refus bancaire | Difficulté de financement | Admission 48 h, banque 5 jours | Saisir tôt |
| Mandat ad hoc | Négocier avec les principaux créanciers | Pas de cessation des paiements | Pas de durée légale | Totalement confidentiel |
| Conciliation | Signer un accord avec les créanciers | Cessation de moins de 45 jours tolérée | 4 mois, plus 1 mois maximum | Publique si homologuée |
Ces outils fonctionnent, même pour une trésorerie entreprise difficulté. Selon une étude citée par la Banque de France (travaux de Borga et al., 2018), environ 70 % des procédures amiables aboutissent à un accord. Côté coût, par ailleurs, le cabinet Capaxis situe les honoraires d’un mandataire ad hoc ou d’un conciliateur entre 2 000 et 15 000 euros pour une TPE.

Don’t Nod : une sauvegarde ouverte avec 9,9 M€ en caisse
Le studio parisien Don’t Nod illustre ainsi la logique d’anticipation face à une trésorerie entreprise difficulté. Le 20 octobre 2026, la société a annoncé l’ouverture d’une procédure de sauvegarde par le Tribunal des activités économiques de Paris. Sa trésorerie était passée de 15,5 M€ fin 2025 à 9,9 M€ au 30 juin 2026. De plus, son chiffre d’affaires du premier semestre avait reculé de 14 %, à 6,1 M€.
Refaisons le calcul. D’abord, la consommation de trésorerie atteint 5,6 M€ sur le semestre, selon TP ICAP Midcap, soit environ 215 000 euros par semaine. Ensuite, à ce rythme constant, 9,9 M€ couvrent environ 46 semaines, donc jusqu’à mai 2027. Or la société juge sa continuité d’exploitation incertaine après janvier 2027. Autrement dit, le calcul linéaire surestime l’autonomie : les besoins à venir pèsent plus lourd que la consommation passée. La société l’écrit elle-même : « notre niveau actuel de trésorerie ne nous permet pas de sécuriser dans des conditions satisfaisantes l’ensemble des besoins de financement ».
Le choix de la sauvegarde compte aussi. Cette procédure collective est en effet réservée aux entreprises qui ne sont pas en cessation des paiements. En revanche, elle est publique : l’action a chuté de 27 %, selon BFM Bourse. Par ailleurs, la filière n’est pas isolée. D’après le baromètre SNJV/CNC publié en octobre 2026, 31,4 % des studios ont eu recours à l’emprunt bancaire, en hausse de 7,2 points en un an. La leçon vaut donc pour toute PME en trésorerie entreprise difficulté : décidez quand il reste des mois de cash, pas des jours.
Les pièges qui transforment une tension en défaillance
- Prévoir au mois. Une crise se joue à la semaine ; un tableau mensuel masque le pic de décaissement du milieu de mois.
- Payer celui qui crie le plus fort. La matrice protège les dépenses vitales, pas les créanciers les plus insistants.
- Laisser dériver l’Urssaf et la TVA. Sans déclarations à jour, l’entreprise perd l’accès à la CCSF.
- Compter un encaissement non signé. Un affacturage « en discussion » ne paie aucun salaire.
- Se taire trop longtemps. Le silence nourrit la rumeur et pousse les fournisseurs à réduire leurs encours.
- Dépasser les 45 jours. Au-delà, la conciliation se ferme et le dirigeant s’expose à une mise en cause pour faute de gestion.
Enfin, ne restez pas seul face à une trésorerie entreprise difficulté. Les centres d’information sur la prévention (CIP) proposent notamment un premier échange confidentiel avec des praticiens. De son côté, l’association APESA accompagne les dirigeants en souffrance psychologique.
Ce qu’il faut retenir
- Construisez cette semaine un tableau de trésorerie à 12 semaines et datez votre point de rupture.
- Classez chaque décaissement dans la matrice : vital, négociable, reportable ou gelé.
- Saisissez la CCSF ou le médiateur du crédit dès que le point de rupture passe sous trois mois.
- Demandez un mandat ad hoc tant que vous n’êtes pas en cessation des paiements.
- Informez banques, fournisseurs clés et CSE le même jour, avec le même plan.
Questions fréquentes
Faut-il informer le CSE d’un mandat ad hoc ?
Non. Le mandat ad hoc est totalement confidentiel et le CSE n’a pas à en être informé. La conciliation est aussi confidentielle, sauf si l’accord est homologué : il est alors publié au BODACC, mais ouvre droit au privilège de « new money » pour les nouveaux financeurs.
Toutes les cotisations peuvent-elles entrer dans un plan CCSF ?
Non. La part salariale des cotisations doit avoir été réglée pour accéder à la commission. Certaines sources excluent aussi les cotisations Agirc-Arrco et d’assurance chômage, d’autres non : faites valider le périmètre par votre service des impôts et votre Urssaf avant de déposer le dossier. Depuis le 1er janvier 2026, les organismes sociaux peuvent mandater le président de la CCSF pour gérer les sûretés.
Combien de temps prend une médiation du crédit ?
Le dossier est admis sous 48 heures, puis la banque dispose de cinq jours pour revoir sa position. En 2025, 64 % des dossiers éligibles ont abouti à une solution ; le taux de succès avoisinait 60 % au premier semestre 2026. Plus la saisine est précoce, plus les marges de manœuvre sont grandes.
Que risque un dirigeant qui tarde à déclarer la cessation des paiements ?
Le délai légal est de 45 jours. Passé ce cap, la conciliation n’est plus accessible et seules les procédures de redressement ou de liquidation restent ouvertes. Le retard peut aussi être retenu contre le dirigeant comme faute de gestion en cas d’insuffisance d’actif.
Sources
- Les Echos — « Nous sommes tous asphyxiés » : en Ile-de-France, l’appel à l’aide de l’industrie du jeu vidéo
- Home Entreprises – actualités — Entre 350 et 500 sont concernés : avec des prêts à taux zéro, le gouvernement veut aider les stations-service indépendantes qui ont du mal à baisser les prix des carburants
- assurup.com — Défaillances d’entreprises en 2026 : les secteurs les plus touchés
- business-times.fr — Défaillances d’entreprises : jusqu’à 75 000 en 2026
- hallerfinance.com — Défaillances d’entreprises : 70 803 cas sur douze mois à fin juin, le risque client reste sous tension
- banque-france.fr — Le rapport annuel 2025 de l’Observatoire des délais de paiement : des résultats contrastés selon les acteurs
- banque-france.fr — La médiation du crédit en 2025 – Une efficacité confirmée avec 64% de taux de succès et 5100 emplois préservés, mais un enjeu fort de saisine précoce
- banque-france.fr — Saisir la médiation du crédit
- banque-france.fr — Saisir la médiation du crédit : un acte de gestion encore trop méconnu des entreprises pour faire face à une difficulté de financement
- cbfassocies.com — Dettes fiscales et sociales : comment agir à temps
- veilledepresse.com — Dettes fiscales et sociales : comment obtenir un plan d’étalement auprès de la CCSF
- socic.fr — Échelonner ses dettes fiscales et sociales en 2026 : la solution CCSF pour les TPE et indépendants
- captaincontrat.com — Mandat ad hoc et conciliation : tout savoir sur ces procédures
- kollec.fr — Mandat ad hoc & ; conciliation : le guide juridique 2026
- capaxis.fr — Conciliation ou mandat ad hoc : choix stratégique pour 2026
- auxy-partners.com — Procédures amiables entreprise : le guide complet 2026
- facchini-avocat.com — Mandat ad hoc : définition, procédure & ; avantages – Guide 2026
- webdisclosure.com — DONTNOD (EPA:ALDNE) |
- gameblog.fr — Don’t Nod en difficulté, le studio de Life is Strange est sur le point de prendre une décision radicale pour sauver les meubles
- economiematin.fr — Jeu vidéo : 31,4% des studios contraints d’emprunter pour survivre


