Actifs en Russie : ce que le décret sur Auchan et Nestlé apprend aux PME
Que deviennent des actifs en Russie quand l'État décide d'en reprendre le contrôle ? En septembre 2026, un décret de Vladimir Poutine a tranché pour Auchan, l'ex-Leroy Merlin et Nestlé. Voici les faits, ce qu'ils révèlent et une méthode pour protéger vos propres implantations à l'étranger.
L’essentiel
- Un décret publié en septembre 2026 transfère les actifs russes d'Auchan, Lemana Pro et Nestlé à L.E.V. Management.
- Rester, partir ou céder : les groupes occidentaux ont fait des choix différents depuis 2022.
- Toute PME exposée à l'étranger doit cartographier ses actifs et préparer un scénario de sortie.
Un décret qui transfère trois groupes à une même société
Selon un décret du président russe publié un jeudi de septembre 2026, les parts de ces sociétés en Russie sont transférées à la société russe « L.E.V. Management ». Le texte a d’ailleurs été publié sur le site des documents juridiques officiels.
Pour Auchan, il s’agit des parts détenues par la société française Sogepar. Pour le réseau de bricolage, ce sont les actifs du groupe « Scenari Holding LP ». En effet, en 2023, Adeo avait annoncé céder le contrôle de Leroy Merlin en Russie à un management local. Puis, en 2024, la chaîne avait été rebaptisée Lemana Pro. Enfin, pour Nestlé, le décret vise les actifs de « Nestle Deutschland AG » et de la « Société des produits Nestle ».
Actifs en Russie : trois stratégies, un même risque pays
Depuis l’offensive en Ukraine en 2022, les groupes occidentaux ont suivi des chemins divers pour leurs actifs en Russie. Certains ont quitté le pays. D’autres ont suspendu leurs activités. D’autres encore ont vu leurs filiales passer à des sociétés russes.
La galaxie Mulliez illustre bien ces écarts. Ainsi, Decathlon a arrêté ses activités dès mars 2022, invoquant des problèmes d’approvisionnement et de logistique liés aux sanctions. Auchan et l’ex-Leroy Merlin, en revanche, comptaient encore des dizaines de magasins dans le pays. Par ailleurs, la filiale russe de Danone avait été saisie par l’État en 2023. Elle a ensuite été revendue à un neveu du dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov.
La leçon est donc simple : rester n’est pas une garantie, et céder à un management local non plus. En effet, quand le pouvoir politique peut réaffecter des actifs par décret, le contrôle juridique ne vaut que ce que l’État veut bien lui accorder.
Ce que cela change pour une PME ou une ETI
Vous n’êtes pas Nestlé. Pourtant, le mécanisme vous concerne dès que vous avez un entrepôt, un distributeur exclusif ou une filiale dans un pays politiquement instable. Autrement dit, des actifs en Russie ne sont qu’un exemple. De plus, le risque ne se limite pas à la saisie. Il touche aussi les flux financiers, les stocks bloqués et les contrats devenus inexécutables.
Prenons par exemple une ETI fictive de matériel agricole, avec une filiale commerciale à l’Est. Si cette filiale est confisquée, elle perd ses stocks, ses créances et sa marque locale. Surtout, elle n’a souvent jamais chiffré ce scénario. Pour mesurer d’autres expositions, voyez aussi comment chiffrer son exposition à un risque.
À savoir — Le risque pays désigne la probabilité qu’une décision politique, juridique ou monétaire d’un État étranger réduise la valeur de vos actifs ou de vos créances sur place.
Protéger ses actifs en Russie ou ailleurs : la méthode en cinq étapes
- Recensez vos actifs à l’étranger : stocks, comptes, filiales, marques, créances clients.
- Classez chaque pays selon trois critères : stabilité politique, exposition aux sanctions, indépendance de la justice.
- Chiffrez la perte maximale en cas de blocage total, pays par pays.
- Définissez un seuil de déclenchement : à partir de quel événement réduisez-vous l’exposition ?
- Préparez le scénario de sortie : rapatriement de trésorerie, transfert de licences, repreneur identifié.
Ensuite, revoyez cette grille une fois par an avec votre conseil. La prévention des défaillances d’entreprises commence souvent par ce type d’anticipation. Enfin, le cas de la grande distribution face aux échéances politiques montre que le contexte public pèse sur tous les arbitrages.
Ce qu’il faut retenir
- Dressez la liste de vos actifs situés hors de l’Union européenne.
- Chiffrez votre perte maximale en cas de confiscation ou de blocage.
- Fixez un seuil d’alerte qui déclenche une réduction d’exposition.
- Préparez dès maintenant un plan de sortie documenté.
- Réexaminez chaque année votre carte des risques pays.
Questions fréquentes
Quelles entreprises sont visées par le décret de septembre 2026 ?
Le décret vise les actifs russes d'Auchan, de l'ex-Leroy Merlin devenu Lemana Pro, et de Nestlé. Ils sont transférés à la société russe L.E.V. Management.
Céder sa filiale à un management local protège-t-il de ce risque ?
Pas nécessairement. Adeo avait cédé le contrôle de Leroy Merlin en Russie à un management local en 2023, et ces actifs figurent pourtant dans le décret.
Une PME est-elle concernée par le risque pays ?
Oui, dès qu'elle détient des stocks, une filiale ou des créances dans un pays instable. Le risque inclut confiscation, blocage de fonds et contrats inexécutables.


